• Roxane Ruvel

THE POISON GARDEN

Dernière mise à jour : 25 oct. 2021

Des plantes toxiques et des légendes mortelles

 

Depuis la préhistoire, l’utilisation du végétal en tant que poison a marqué le quotidien de nombreuses civilisations : pour la chasse, la guerre, les assassinats, la médecine, l’agriculture... et ceux au sein de toutes les classes sociales. Pour débuter cet index des espaces farfelus, pagayes vous invite à plonger dans un jardin bien particulier, dont l’histoire de l’usage de ces plantes mortelles et narcotiques est la principale muse.


FICHE D'IDENTITÉ 


Localisation : Alnwick, Angleterre au sein du jardin du château d’Alnwick (60 ha)
Année : 1996
Propriétaire : Jane Percy, duchesse de Northumberland  
Concept : Jane Percy, duchesse de Northumberland 
Concepteur : Jacques Wirtz, architecte paysagiste
Style : Inspiration classique
Particularité : Jardin botanique de plantes toxiques, mortelles et narcotiques

 

SOMMAIRE DE L'ARTICLE

 
  1. Organisation et inspiration du jardin

  2. Les plantes et leurs anecdotes

  3. Sitographie

 

ORIGINE ET INSPIRATION DU JARDIN

 

« Si vous construisez quelque chose, en particulier une attraction touristique, ce doit être quelque chose de vraiment unique », () L'une des choses que je déteste de nos jours, c'est la standardisation de tout. J'ai pensé : essayons de faire quelque chose de vraiment différent.
Jane Percy pour le smithsonianmag


Pour le concept du jardin, la duchesse s’est inspirée de deux lieux particuliers :

  • Le jardin botanique de la villa de Médicis (1545), en Toscane, Italie, qui contient une section dédiée aux poisons. Catherine de Médicis, ou la « reine noire » est connue pour avoir utilisé à multiples reprises des plantes à la toxicité mortelle pour faire disparaître ses ennemis de la cour. De manière traditionnelle, en ajoutant le poison directement dans les plats, mais aussi en les dissimulant dans des bouquets de senteurs, ou dans des parfums. Les plantes sont pratiques, car indétectable dans le corps à cette époque.


  • Le site archéologique de l’hôpital médiéval Soutra Aisle, situé au sud d’Edeimbourg, en Ecosse. Sur le site, elle fit la connaissance des techniques d’anesthésies utilisées lors des opérations au XVe siècle. Parmi les nombreuses techniques historiques, on compte : les inhalations de fumée de chanvre, le vin de mandragore, la fleur de datura bouillie et les éponges soporifiques imbibées « d’opium, de mandragore, de jus de laitue, de lierre, de mûres, d’oseilles et de ciguë. »

Elle s’adonna ainsi à dresser une liste de plantes narcotiques et toxiques, en veillant à ce que chacune d’elle puisse raconter une histoire. En voici deux :


  • Le Datura (Datura stramonium), que l’on retrouve un peu partout dans les jardins et dans les friches, est hautement toxique et provoque de fortes hallucinations. C’est une plante assimilée à la magie, mais elle était aussi utilisés pour ses propriétés narcotiques. Au XVIIIe siècle, les « endormeurs », une guilde de voleur parisien, mélangeait de la poudre de Datura au tabac et au vin qu’ils vendaient aux voyageurs et aux bourgeois pour ensuite s’emparer de leurs biens lorsqu’ils s’endormaient.


  • La trompette du jugement (Brugmansia arborea), qui est un aphrodisiaque et psychotrope dont les effets sont similaires au LSD, était utilisé par les femmes de l’époque victorienne (1837-1901). Lors des parties de cartes, une fleur était disposée au centre de la table de jeu. Afin de pimenter leurs après-midi, elles tapotaient une des clochettes au-dessus de leur tasse de thé afin de faire tomber un peu de ce pollen magique.


La duchesse était persuadée que son jardin, en plus de son originalité, servirait à l’éducation des adultes et des enfants. Elle trouvait fascinant que la plupart des gens ne connaissent pas la toxicité des plantes que l’on retrouve pourtant communément dans la plupart des jardins anglais.


"Les enfants ne se soucient pas que l'aspirine provienne de l'écorce d'un arbre. Ce qui est vraiment intéressant, c'est de savoir comment une plante vous tue, et comment le patient meurt, et ce que vous ressentez avant de mourir." 
Jane Percy pour le smithsonianmag

Par exemple, en Angleterre comme en France, l’utilisation des haies de Laurier rose (Nerium oleander) est très fréquente. Cependant, peu de personnes savent qu’il est hautement toxique, d’autant plus que son cousin, le Laurier sauce (Laurus nobilis) est très apprécié en cuisine pour ses vertus aromatiques.


« Pourquoi tant de jardins à travers le monde sont portés sur le pouvoir de guérison des plantes plutôt que sur leur capacité à tuer… » 
Jane Percy 


 

LES PLANTES ET LEURS ANECDOTES

 


Le jardin en lui-même est d’une structure assez simple et il y a peu de choses à raconter sur sa conception, mis à part l’exposition en cage et la surveillance 24h/24 de certaines espèces car, même les vapeurs quelle libèrent peuvent être dangereuses. Les jardiniers portent des combinaisons intégrales lors des manipulations.


 « Des visiteurs se sont déjà évanouis à cause de l’odeur fétide de la jusquiame noire ». 

Le château aussi est un atout impressionnant du jardin, de style classique, il a servi au tournage des deux premiers opus d’Harry Potter. Mais le jardin étant à vocation botanique, concentrons-nous plutôt sur les sections qui composent le jardin, les différentes plantes que l’on y retrouvent et les histoires qui les accompagnent.






Le carré des narcotiques :


« Un narcotique est une substance chimique capable d'induire, chez l'humain et chez l'animal, un état proche du sommeil et qui engourdit la sensibilité et ralentit la respiration »

Encagées, on retrouve du tabac, du cannabis, des champignons hallucinogènes, ainsi que :


  • L’opium, qui est obtenu à partir du latex du pavot somnifère (Papaver somniferum). Appelé aussi « la drogue des poètes », il est consommé par de très nombreux écrivains, penseurs et peintres européens comme Jean Cocteau, Charles Baudelaire, Jules Boissière, Charles Dickens, Antonin Artaud, John Keats… Il entraîne un état d’ « euphorie, une somnolence et un état hypnotique et onirique ». Au XIIIe siècle, la Sainte Hildegarde (moniale visionnaire et auteure de Les causes et les remèdes, 1250-1275) indiquait que cette graine apporterait le sommeil. C’était aussi une plante qui appartenait aux herbes des vierges, que les accoucheuses prescrivaient en secret pour un avortement discret. L’opium fût tellement populaire qu’il provoqua même une guerre portant son nom, entre le Royaume-Uni et la dynastie Qing de Chine, de 1839 à 1842.




  • La cocaïne, dont la notoriété n’est plus à faire, est un alcaloïde extrait de la feuille de coca. Euphorie, sentiment de bien-être, impression de surpuissance intellectuelle… Parmi un des plus célèbres consommateurs de cocaïne insoupçonné, on trouve Sigmund Freud. Complètement accro pendant plus de quinze ans et l’aidant a surmonter son manque d’assurance et ses tendances à la dépression, la cocaïne fût le carburant de l’homme sans qui la psychanalyse telle qu’on la connaît aujourd’hui n’aurait peut-être jamais existé.










  • La mandragore (Mandragora officinarum), dont la racine à une silhouette anthropomorphe, est de loin une des plantes toxiques qui est le plus entourée de croyances et de rituels magiques. Au Moyen-âge, lors de l’arrachage des plants, on bouchait ses oreilles avec de la cire, de peurs de mourir de folie lorsque la plante criait après être délogée de la terre. Ils attachaient un chien à côté afin que la malédiction s’abatte sur lui et pas sur les villageois. Vers le XVIe, tout le monde était persuadé que les sorcière s’enduisait d’un onguent à base de mandragore avant de s’envoler sur leur balai pour aller au Sabbat (réunion nocturne de sorcières). Des milliers de présumés sorciers et sorcières furent ainsi accusé de pactiser avec le diable et brûler.


Celles qu’on voit et utilise au quotidien :

  • Le ricin (Ricinus communis), est un arbrisseau tropical dont est tiré l’huile de ricin, que l’on utilise en cosmétique pour la pousse des cheveux et des ongles. En 1978, un écrivain émigré du nom de Georgi Markov est piqué par la pointe d’un parapluie. Il meurt quelques jours plus tard, et ce n’est que quelques années après que l’on découvrira que les dirigeants bulgares avaient demandé au KGB de s’en occuper. C’est la star des poisons, 6 000 fois plus toxique que le cyanure, après ingestion ou inhalation, c’est une morte lente et douloureuse, rythmée par des vomissements, des maux de ventre et des diarrhées qui vous attends.



  • La grande ciguë (Conium maculatum L.), qui est très fréquemment confondu avec la carotte sauvage (comestible), est une plante herbacée à tige longue et aux belles ombelles blanches.

Elle peut provoquer une paralysie mortelle seulement une heure après ingestion… Durant l’antiquité, elle était la drogue officielle pour les exécutions. Le philosophe Socrate, condamné à mort pour « corruption de la jeunesse » et de « négligence des dieux de la cité et pratique de nouveautés religieuses », péri par ingestion du breuvage de ciguë. Platon, son élève et lui-même philosophe, rédigea le récit de sa mort dans l’ouvrage Phédon, 360 av.J.-C.












  • Le cytise, (Laburnum vulgare) aussi appelé pluie d’or, est un magnifique arbuste qui développe une pluie de fleurs jaunes qui prenant la forme de papillon, et il est toxique des racines aux graines. De nombreux enfants sont sujet à des intoxications car il produit des gousses en forme de haricot que les enfants cueillent souvent pour jouer à la dînette.



  • L’euphorbe (Euphorbia), est une plante ornementale que l’on retrouve partout. Son lait est hautement irritant et peut provoquer des brûlures au second degré. En Afrique centrale, fin 19e/début 20e, on l’utilisait en tant que « poison d’épreuve ». Ce poison était ainsi délivré lors des ordalies (procès religieux qui consiste à soumettre des suspects à une épreuve douloureuse et/ou mortelle dont l’issue, déterminée par un dieu ou une divinité, conclue sur la culpabilité du suspect). Il était aussi utilisé comme poison sagittaire dans la confection des bouts de flèches empoisonnées.




  • Le laurier rose (Nerium oleander) est présent dans les jardins privés, les parcs et les espaces publics, les haies…

Il est apprécié pour ses qualités ornementales et son parfum, mais la seule ingestion de deux à trois feuilles peut causer la mort. Lors de la guerre d’Espagne en 1808, douze soldats français se sont fait cuire des brochettes de viande et les assaisonnent avec du laurier-rose, et huit ont péri…








 

The poison garden est un jardin botanique unique, qui en plus de posséder un concept original, et d’une grande utilité dans la sensibilisation aux plantes et à ses usages. Toute cette végétation qui nous entoure et avec qui nous cohabitons possède de nombreuses vertus. Toutes les plantes ont des choses a nous apporter, et il est très enrichissant de connaître leurs qualités médicinales, alimentaires, décoratives, psychoactives ou encore olfactives, mais il ne faut pas oublier, comme on a pu le voir, qu’elles peuvent parfois être aussi bienveillantes que redoutables.



	J’espère que cet article vous a plus et intéressé, j’ai pris énormément de plaisir à me documenter et à me plonger dans toutes ces histoires. On se retrouve bientôt pour la découverte d’un nouvel espace farfelu… :) 



 

SITOGRAPHIE


L’anesthésie à travers les époques :

https://sofia.medicalistes.fr/spip/spip.php?article49


Fait historique :

https://www.persee.fr/doc/jatba_0370-3681_1933_num_13_144_5262?query=poison

https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/22902/1/Des%20poisons%20de%20fleches%20aux%20r%C3%A9actifs%20pharmacologique%20de%20pointe%20pp%2091_122.pdf

https://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_guerre_de_l%27opium#La_guerre

http://chaerephon.e-monsite.com/medias/files/socrate.html