• Roxane Ruvel

Peinture végétale avec Ô anne

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021

Faire du paysage sa palette de peinture

Quoi de mieux que de trouver ses matières premières créatives et de faire ses courses dans la nature? C’est gratuit, c’est ludique et atypique. La découverte de la peinture végétale est un véritable plaisir pour celles et ceux qui souhaitent s’éloigner des matières polluantes et coûteuses que l’on retrouve en magasin d’art, mais aussi pour avoir un lien plus étroit avec sa pratique artistique: cueillir, transformer et créer. C’est fun, car on se balade en plein air et on s’amuse à faire des mélanges afin d’obtenir les nuances que l’on souhaite lorsque l’on est rentré chez soi.


Avec l’aide d’Ô anne, peintre végétal résident à Carla-Bayle (09), aussi appelée « la cité des arts » en Ariège, nous découvrirons ensemble un bout de son parcours, les aspects de sa pratique et les différentes options qui s’offrent à nous pour l’apprendre, en autonomie, ou avec l’aide de ses stages et de ses ateliers de découverte. Let’s goooo

champs de coquelicot cueillette peinture végétale
Cueillette des coquelicots avec Ô anne
 

Cueillette et aquarelles avec Ô anne

Le déroulé d’une session cueillette


Le 10 mai 2021, nous sommes parties en session cueillette avec Anne pour aller s’approvisionner en fleur de sureau (pour faire du sirop) et des coquelicots (pour en faire une base d’aquarelle). Pour les coquelicots, Anne en avait repéré un champ entier et c’est un coup de chance, car c’est normalement assez rare à trouver.


La boite à outil de base avant cueillette :

  1. Sécateur (pour ne pas tirer/casser les branches en récupérant la fleur/la baie/la feuille)

  2. Panier ou sac

  3. Gants pour se protéger des épines ou des brûlures (orties par exemple)


Pour les coquelicots c’est très simple, car elles sont très fragiles. Il suffit de tirer doucement sur l’ensemble des pétales qui vont se décrocher toutes seules. Le reste de la plante ne nous intéresse pas pour les pigments, ainsi, on va laisser les graines et donner la possibilité à la fleur de se reproduire. Après en avoir amassé une bonne quantité, on passe à l’étape suivante : la transformation.

La transformation et les possibilités

Dans le cas du coquelicot, deux possibilités s’offrent à nous :

  1. Faire sécher les pétales

  2. Utiliser directement les pétales fraîches

Mode d’emploi pour le séchage :

Dans un endroit sec, chaud et ventilé et si possible à l’abri de la lumière pour éviter d’altérer les pigments, on étale les pétales sur un séchoir en draps, ici fabriqué par Anne. Cela peut durer plusieurs semaines. On peut aussi suspendre ce que l’on a cueilli quand cela est possible. Vous pouvez aussi les presser entre deux pages de journal ou d’un livre que vous n’utilisez plus. Il existe aussi des presses fleurs micro-ondables.


Séchoir artisanal fabriqué par Anne

Mode d’emploi pour utilisation des pétales sèches :

Pour les utiliser, mettre quelques pétales dans un récipient, ajoutez de l’eau par-dessus et écraser. Filtrer et vous pouvez peindre directement.



Mode d’emploi pour pétales fraîches :


Pour le coquelicot, c’est la même méthode qu’avec des pétales sèches.



Astuces d' Ô anne : dilué à l’eau, le coquelicot va donner un rouge violacé. Vous pouvez le diluer encore plus pour obtenir un rose. Si vous ajoutez du citron, il tirera vers le rouge.


Sachez qu’il existe une palette infinie de couleur que nous offre notre environnement. En voici un petit extrait non-exhaustif :

Vert : ortie, feuille de marronnier…

Jaune vert : lierre

Jaune dorée : pissenlit

Marron : gland du chêne, écorce, amarante...

Violet : chou rouge, baie de sureau, coquelicot...

Rouge : coquelicot + citron, betterave, chou + vinaigre blanc…

Bleu : coquelicot + bicarbonate de soude, chou rouge + bicarbonate de soude…


Et tout ce que votre imagination et votre curiosité pourront créer :)

©kaïpu / Atelier d'essai avec Ô anne à Pailhes (09) / Rotring + Aquarelle végétale par moi-même


 

Zoom sur Ô anne / Interview du 11 mai 2021


D’où est né ton intérêt pour la peinture végétale ?

Le premier pas inconscient vers la peinture végétale fut une expérience en montagne à Barcelone avec une naturaliste et un ornithologue passionnés. C’était surtout une initiation à orientation médicale avec la fabrication de gelée de pissenlit, ou encore de consommé d’ortie. Ce n’est vraiment que l’année dernière, lors du confinement, que j’ai vraiment été chamboulée. Je me suis installée en Ariège dans un but d’autonomie, avec pour objectif la résilience. (vendre sa voiture, acquérir un cheval…) Et un jour je me suis dit : je peins avec de l’acrylique! Moi, une écolo?! De plus en Ariège, pour accéder à du matériel, qui est cher en plus, il faut aller à Toulouse, pour l’empreinte carbone et le budget ce n'est pas le mieux. J’ai réfléchi à mon impact sur l’environnement en tant qu’artiste… C’était bien beau de prôner des valeurs, mais je ne me sentais plus en phase avec elles. Je m’y connaissais en plante donc je me suis orientée vers les plantes tinctoriales*. (Une plante tinctoriale est une plante dont certaines parties peuvent servir à préparer des colorants et des teintures.)

Comment abordes-tu tes stages et tes ateliers ? (Voir les offres proposées par Ô anne)


En parlant avec les gens, je me rends compte qu’ils se sentent concernés. La nature nous en apprend tout le temps et j’aime pouvoir partager ce savoir, ce retour aux sources… J’espère aider à ouvrir les yeux sur une certaine liberté permise en nature, ainsi, je donne des bases, car je n’ai moi-même pas fini mon apprentissage qui a été certes encadré par des formations, mais aussi beaucoup en autodidacte (bouquins, internet, ect…). Je sème une graine à l’image de celle qu’on m’a semée et j’attends de ces rencontres un réel échange. Je pense que l’humain est en train de découvrir son envie de retourner aux sources et à l’essentiel.

Qu’est-ce que la peinture végétale t’a apporté dans ta pratique artistique ?


Tout d’abord, ça m’a permis de me trouver ma spécialité et un style où je m’épanouis : celui de peintre végétal. Cependant, je ne me retrouve pas juste dans l’aquarelle, j’y ajoute aussi du rotring*(Stylo technique à encre). Le thème principal de mon art est le féminin depuis environ deux ans. La peinture végétale est une peinture qui permet de reconcevoir le moment présent, car tu es souvent obligé de peindre dans l’instant avec les matériaux que tu viens de recueillir.


Voici quelques exemples des créations originales d'Ô anne :



Et enfin, pourrais-tu nous expliquer le fonctionnement des stages et des ateliers ?

Pour les stages, je propose, en association avec B’art nomade, des stages avec randonnées, cueillette, aquarelle (Deux jours avec nuitée ou une journée). Il y a aussi des ateliers d’initiations à la peinture végétale, des randonnées/cueillettes à la journée (environ 8h), ainsi que des Mandala participatif (8h).

© Ô anne / Stage rando/cueillette, création des jus et pratique de l'aquarelle







Un grand merci à toi Anne, pour m’avoir partagé tes connaissances et ton temps, je te souhaite beaucoup de bonheur pour la suite :)