• Roxane Ruvel

ILLUSTRATION VS ARCHITECTURE

Zoom sur Magda / Mêler l'imaginaire et le réel

 

David Lynch, Win Wenders… Magda est fascinée par ce qui mêle fiction et réalité. Son style noir et blanc puise sa force dans l’accumulation de détails qui viennent faire un grand tout où l’ont vient perdre ses repères. En dernière année d’architecture et déjà en free-lance en tant qu’illustratrice, elle nous partage son parcours, ses inspirations et ses conseils.


FICHE D'IDENTITÉ 
Magda Meziane

Prénom : Magda
Nom : Meziane
Age : 23 
Étude : Architecture / M2
École : ENSAPbx

Centres d’intérêts : 
Ce qui touche aux rêves| à la réalité alternative | la fête | les détournements spatiaux et spontanés en tous genres


 

APERÇU DE SON TRAVAIL

 

  1. "Foule Sentimentale", concours de dessin d'archi lancé pendant le confinement

  2. Élévation "LECOQC", illustration des nouveaux locaux d'agence réalisée pendant un stage chez Chloé Bodart Construire

  3. Projet de S9 "Non stop Garden"

  4. Projet de S9 "Non stop Garden"

  5. Vue réalisée pour un projet en Erasmus à Istanbul, le projet proposait d'occuper un parking silos et le transformer en fête foraine satirique

 

SOMMAIRE DE L'ARTICLE

 
  1. Aperçu de son travail

  2. Glossaire de l'article

  3. Questions/Réponses

  4. Aperçu de son travail : la suite

 

GLOSSAIRE


  • Illustrateur.trice : est un métier qui fait partie des métiers du graphisme. Il conçoit et produit assisté par un ordinateur ou à la main, des illustrations. Ces illustrations sont très diverses et traduisent en image une idée/un concept/de l’écrit. Elles couvrent des supports comme les publicités, affiches, films, emballages, flyers, dessins explicatifs, couvertures, revues, livres...


  • Un original : est une œuvre considérée comme un exemplaire authentique d’un artiste.


 

QUESTIONS / RÉPONSES

 

Quelles sont tes inspirations ?

Parmi les travaux qui m'inspirent, il y a celui de l'architecte Clément Masurier ou de l'illustratrice Rachel Deville pour leur dessins méticuleux en noir et blanc mêlant architecture et fantasme. Ensuite il y a Brecht Evens pour ses visions urbaines festives et délirantes à l'aquarelle. Le travail d'Aubrey Beardsley, hyper harmonieux, tantôt épuré tantôt fourmillant de détails ! J’aime aussi le bdaste Hugo Pratt, ses cadrages sont toujours forts, parfois deux/trois traits suffisent. Tout l’inverse de moi !


Brecht Evens "Corto Maltese", Hugo Pratt "Blast", Clément Masurier



D’où est né ton intérêt pour l’illustration ? L’architecture ?

Pour l'illustration : je dessine depuis que je suis toute petite, mais j'avoue que j'ai baigné tôt dans la création (ma mère est artiste) : enfant je voulais être illustratrice bande dessinée. Cependant, on me faisait comprendre que ce n'était pas forcément un métier valorisé ou bien payé donc inconsciemment je m’étais tournée vers autre chose.


Pour l'architecture : comme vous le voyez chez Pagayes, on peut puiser dans tellement de domaines en architecture. Il y a tellement de possibilités d’accroche avec d'autres disciplines ! On nous pousse pas trop au dessin à la main en archi, on est vite menés automatiquement vers le numérique et ce n’est que récemment que j’en ai fait un attrait caractéristique de ma pratique.




  C’est quoi tes projets du moment ? Ton projet préféré ?               Celui qui t’a lancé ?

Projet du moment : un poster format A2 qui représente un morceau de ville et qui va servir de document manifeste du projet urbain. C’est la commande d’une agence et c’est l’un des plus gros projets dans lequel je me suis lancée. En plus du format, c’est une ville où il y a beaucoup de pavillonnaire donc beaucoup de boulot et de détails. C’est un travail colossal mais amusant !

Projet préféré : une commande d’amis pour des originaux. J’ai adoré car j’ai eu carte blanche complète. C’est super car t’es complètement libre, tu mélanges ton univers et tu le mixes avec celui du commanditaire. Je me suis inspirée de Moebius, de l’art de la Sécession viennoise et de l’affection pour les machineries spatiales de mes amis.





Projet qui t’as lancé : le projet du S9 en architecture. Avant ça j’avais vraiment zéro confiance en ma pratique, je gardais tout pour moi. Faire un projet de A à Z à la main et avoir de bons retours m’a libéré. J’ai compris que ce que j'aimais faire (dessiner à la main) était le meilleur moyen pour moi de communiquer mes idées, alors qu'auparavant je m'efforçais d'utiliser le numérique.


Est-ce que tu essaie de mêler illustration et architecture ?


Je ne sais pas si j’essaie de les mêler. Ça se fait instinctivement. Mes dessins d’école/agence là oui cela va de soit, je dessine des espaces. Dans mes projets personnels, le rapport avec l’architecture est moins évident, et ça fait du bien de s’échapper de ça.



Est-ce que l’illustration t’apporte un plus pour tes études d’architecture ? Et inversement ?

Oui carrément, et c’est le regard des autres qui m’a montré que c’était un atout. J’ai du mal à m’en rendre compte car c’est dur de prendre du recul et de se dire : "wahou c’est super ce que tu fais". Les gens autour de moi me disent que c’est un plus, car avant le dessin à la main était tout à fait normal, puis avec la conception assistée par ordinateur ça a été délaissé et là j'ai l'impression qu'on y revient de plus en plus. Mais même si ça se démocratise de nouveau, ça reste assez rare dans le métier. Depuis le début de ma licence je l’utilisais par ci-par là pour faire des perspectives, ce n'est que tardivement que j'ai commencé à écouter les remarques positives des profs et autres élèves.


Au semestre 9 , je me suis ramenée un peu honteuse avec mes croquis à la main alors que tout le monde avait ces beaux documents numériques bien léchés. Les professeurs ont été touchés et m’ont encouragé à pousser encore plus ! Puis l’architecture me sert dans le dessin car on est amenés à puiser dans plein de références, du coup on voit dans cesse de nouvelles choses.




Qu’est-ce que tu conseillerais à ceux qui aimeraient se lancer dans l’illustration ?


Si c’est vraiment ça qui vous fait plaisir, plongez y ! C’est tellement un luxe d’avoir comme métier quelque chose que tu aimes. Je me suis rendue compte que le dessin, c’est un truc que je peux faire pendant des heures. Donc si c’est ton cas fonces !


  • Faites vous confiance, ça se travaille et en travaillant on progresse peu à peu s'il y a de l'envie derrière.


  • Dessinez, dessinez et à terme regardez comment vous pouvez en tirer des petites activités, comment on donne plus de place au dessin dans sa vie :)


Quelles perspectives as-tu de ta vie professionnelle, illustratrice, architecte, les deux, ou tout à fait autre chose ?

Grande question ahaha


Je ne me vois ni être complètement architecte, ni complètement illustratrice, plutôt une version hybride des deux.


Si tu veux, la question de faire de l’illustration d’architecture mon métier s’est posée récemment. L’élément déclencheur a été mon stage de 6 mois à l’agence «Compagnie Architecture». À la base, il était prévu que je fasse des maquettes, mais j’ai eu de la chance, car en voyant les dessins de mon portfolio, ça leur a plu et pendant l’entretien ils m’ont proposé de dessiner aussi. Je n’y croyais pas au début mais au final vu qu’il y avait une autre stagiaire, on a pu s’organiser car elle préférait faire des maquettes et j’ai pu faire des dessins pour eux : nouveaux locaux, études, schéma ect, tout à la main… J'ai commencé par des recherches de façades sur calque et je n'étais pas convaincue par les brouillons à la main, mais ils m’ont dit que ça leur allait parfaitement… de fil en aiguille, ça s’est bien passé et j'ai terminé une commande de dessin pour eux récemment. En parallèle de mon diplôme je fais mes premiers pas en tant qu' “artiste-auteur" (illustratrice free-lance), des copains architecte tout juste diplômés m’ont commandé des dessins pour leur Annuaire des Rues de l'Ile d'Yeu par exemple !


J'avoue que je ne me reconnais pas trop dans le côté solitaire du métier d'illustrateur. Une des choses que j’aime dans l’architecture c’est le travail de groupe. J’aime l’échange d'idées, le collectif. Je rêve d'une profession hybride, de faire partie d’un noyau (agence/collectif d’archi) et rester un électron libre qui va de temps en temps dessiner et travailler seul. Si j’avais juste fais de l’illustration, j’aurais certes plus de technique et j’aurais trouvé un style plus rapidement, mais ce que j'aime dans mon parcours c'est le champ des possibles que ça permet.



Le mot de la fin ?


Je suis contente qu’on soit dans une période où on se questionne sur le métier d’architecte et que la profession se décline sous différentes versions. Il n’y a pas que des débouchés types : j’ai mon agence, j’ai mon cabinet, je ne fais que de l’aménagement. Derrière le terme d’architecte ou de paysagiste, il y a autant de possibilités que d'individus. Et je suis heureuse que ça commence à être valorisé.


Plein de gens autour de moi se sont reconvertis (cuisinière, aménagement de van) et ils se font trop plaisir ! Ils n’ont pas fait ces études d’aménagement pour rien, c’est aussi grâce à ça qu’ils en sont là, et ils s’éclatent :)




 

APERCU DU TRAVAIL : LA SUITE

 



Merci Magda! On a hâte de suivre ton travail à venir :)