• Léa Minault

Faire la ville pour les touristes : quelles conséquences ?


 

L’accès au tourisme : le symbole d’un enrichissement


Les débuts du tourisme se font dans les années 1950, dans un contexte industriel, suite à l’avènement des congés payés en 1936. Autrefois réservé à la bourgeoisie, le tourisme se démocratise pour toutes les classes sociales. Dans un contexte de croissance économique en Occident, les nouveaux vacanciers sont à la recherche d’exotisme, de soleil, de mer, de loisirs.

Le tourisme devient un symbole d’enrichissement capital culturel, social et économique comme le présente Bourdieu.

L’avènement de la civilisation du loisir se joue ici, grâce notamment à la facilité des transports individuels et des transports aériens. Des destinations jusqu’alors impossible deviennent facilement accessibles, le soleil est à portée de vol. Cette déréglementation des transports aériens, amène le tourisme à devenir incontournable et abordable, chacun choisit sa destination exotique pour en parler à la pause café à la rentrée ; c’est l’avènement du tourisme de masse.

Ce nouveau style de vie occidental n’est pas sans conséquence sur les pays en développement qui y voit un levier de développement économique. C’est donc la Tourist Gaze (le point de vue du touriste) qui va dicter la conception des projets d'aménagements touristiques dans ces pays.

Les côtes maritimes méditerranéennes, prisées par les vacanciers, connaissent alors de profondes modifications. De nouvelles villes émergent, d’anciennes se renouvellent.


Barcelone : une ville victime de son succès



© Courrier International


C’est l’exemple type de Barcelone. Avec le retour de la démocratie en 1974, la ville va adopter une politique urbaine en lien avec une stratégie économique et touristique. Pour cela, elle met en place de nombreux aménagements publics mais aussi un parcours patrimonial. La ville cherche à faire venir les touristes sur un temps plus long via cette valorisation patrimoniale. Elle agit vraiment comme un vecteur important pour attirer les touristes. On assiste à une politique de rénovation et une volonté de redynamiser le centre urbain, par la mise en place d‘évènements artistiques, culturels et sportifs.

Le tournant touristique s’opère véritablement suite aux jeux olympiques organisés dans la ville en 1992. La population touristique augmente considérablement lors de cet événement et la proposition urbaine d’une ville festive et commerçante remporte son succès. Barcelone s’affirme culturellement à travers de nombreux évènements organisés par la suite comme l’année de Gaudi, le forum de l’Unesco, mais aussi économiquement avec la multiplication des complexes hôteliers dans la ville. La ville devient une destination touristique privilégiée et incontournable servant de modèle à d’autres villes méditerranéennes en quête de développement économique. Effectivement, le tourisme en 2017 représente 15 % du PIB de Barcelone, avec un vivier de 200,000 emplois, il est un levier économique important.

Cette attractivité engendrée et la réussite touristique de la ville en fait aussi un exemple type de la problématique du tourisme de masse. En 2014, les habitants ont pour la première fois ouvertement exprimé leur mécontentement face à l’afflux touristique abondant qui déborde sur le quotidien et l’organisation des quartiers. Cette prise de parole, exprimée par l’affiche de banderoles, de slogans aux fenêtres a véritablement mis à jour le surtourisme.



Gentritouristification et tourismophobie


Manifestation anti-touristes à Barcelone, 2014, © RTL

C’est face à la surfréquentation de la ville par les visiteurs que s’est profilée une crise urbaine. Un phénomène de « gentritouristification », autrement dit une gentrification induite par des logements destinés aux touristes, créant une crise urbaine. Les habitants des quartiers populaires n’arrivant plus à se loger vu l’inflation des prix et le manque de logements car à Barcelone beaucoup d’appartements sont dédiés aux touristes et expatriés (airbnb, colocations), il s’agit d’une spéculation financière qui cause cette inflation.







Je cite, il s’agit :

1- acheter ou obtenir en héritage un appartement ou immeuble

2- Décider de les équiper pour les louer à des touristes ; évincer les locataires de longue date

3- utiliser une méthode de home staging ou mise en scène uniformisée pour louer l’appartement rapidement

4- faire en sorte que tous les appartements se ressemblent , entraînant une perte d’identité locale et renforçant la concurrence entre les bailleurs

5- transformer le paysage urbain par des travaux de façade ou l’aménagement des balcons ou toits-terrasses à des fins hédonistes

6- sans qu’il s’agisse d’un embourgeoisement complet du quartier, privilégier une clientèle jeune, internationale et des classes aisées

7- mettre en location à l’année plutôt que sur une courte période , assurant une augmentation conséquente des revenus



L’entreprise Airbnb joue sur l’image festive du quartier de Barcelonneta, en concédant sur son site : « le calme est ailleurs ».


Dans cette configuration, la cohabitation dans un même immeuble d’habitants et de touristes fêtards pose un véritable de dérangement dans la vie quotidienne des locaux. Il y a une mise à mal des relations entre ces deux populations, entraînant un phénomène de phobie touristique de la part des locaux qui veulent retrouver une certaine authenticité, une normalité dans leur quotidien.

L’afflux touristique entraîne des changements dans les modes de vie, un exemple notable est celui de la promenade nocturne typique des barcelonais après le repas. Avant l’arrivée massive des touristes, les barcelonais avaient pour habitude de se promener dans les remblas, chose qu’ils ne font plus préférant emprunter des rues moins fréquentées. Les quartiers perdent peu à peu leur identité à travers la disparition du fonctionnement et du tissu ancien. Malgré des manifestations dans les quartiers de la Sagrada Familia, du parc Guell, du Raval, du Poblenou, et la réclamation de la fermeture des appartements non déclarés, la situation n’a pas vraiment évoluée.



La bétonisation balnéaire ou la destruction du patrimoine écologique


Le cas de Barcelone n’est pas isolé en Espagne. Le pays a beaucoup misé sur un développement économique touristique, notamment balnéaire.

La bétonisation des côtes espagnoles pose des problèmes environnementaux, par la destruction de la faune et de la flore et le risque d’inondation dû au réchauffement climatique.




La bétonisation de Malaga? © Science et Avenir

Cette bétonisation met aussi en évidence une perte de qualité paysagère (uniformisation, perte du trait de côte, horizon vers la ville qui est saturée).

Pilar Marco, responsable de la section biodiversité de l’ONG Greenpeace en Espagne, nous dit qu’après l’éclatement de la bulle immobilière en 2008 les constructions sur la côte se sont ralenties pour à nouveau se poursuivre suite à la reprise économique malgré la déjà forte pression.

"Le béton revient. Si on trouvait la Costa del Sol (dans le sud, autour de Malaga) déjà saturée, les promoteurs commercialisent encore 11.000 nouveaux logements dans 200 projets", avertit-elle.

Malgré ces problématiques connues, l’urbanisation balnéaire espagnole a servi d’exemple, notamment pour le plan AZUR au Maroc. Le pays a cherché à travers ce projet dans les années 2010 a développer encore davantage son tourisme balnéaire. Les conséquences pour le Maroc sont à mettre en parallèle avec celles connues par l’Espagne, entre perte d’identité, surtourisme, inflation des prix des logements et dommages écologiques. La société civile s’est opposée à ce projet, voyant déjà les conséquences de certains aménagements sur les rivages mais le projet est toujours d’actualité et sa propagation continue.




Focus

 

Un exemple fort de la destruction du patrimoine naturel et culturel marocain est celui de la construction de la nouvelle station touristique de Saida et de ses environs. Il s’agit d’un chantier de très grande envergure ( il comporte des marinas, des hôtels de haut standing, plusieurs terrains de golfs, des appartements, résidences et villas, des parcs aquatiques). Cet aménagement s’installe dans un environnement écologique fragile, où les zones humides sont menacées par ces constructions et par les barrages de la Moulouya qui impactent la région par des crues saisonnières et fragilisent le littoral.

Les cordons dunaires (accumulation de sable en parallèle de la ligne de cote et support de biodiversité) sont dégradés voir anéantis par les constructions. Leurs réciprocités avec la forêt limitrophe servaient à fixer les cordons dunaires et à éviter les ensablements dans l’arrière-pays, ce lien se trouve désormais rompu.

L’aménagement de ce site soulève la non prise en compte du volet écologique au profit de l’économie, aucune étude d’impact n’a été conduite pour ce projet. La détérioration de ce patrimoine naturel par la pollution et la fragmentation des espaces apparaît comme irréversible et inarrêtable.

Les dommages écologiques/ touristiques affectent évidemment le patrimoine naturel mais ils peuvent aussi détériorer le patrimoine bâti.

 

Les conséquences de la surfréquentation des sites patrimoniaux reconnus


La surfréquentation des lieux pose des problèmes pour la protection, la sauvegarde des sites.

Comme pour le parc Güell à Barcelone qui a dû limiter le nombre de visiteurs, la ville de Venise a dû établir des règles pour protéger son patrimoine.

Dans la lagune italienne, la problématique écologique se pose du fait de la sur occupation des eaux par les bateaux de croisières qui depuis septembre 2019 ont désormais interdiction de circuler dans la ville.

C’est suite à l’encastrement d’un bateau de croisière dans un quai en juin 2019 que la réglementation a changé.



Encastrement d’un bateau de croisière à Venise en 2019, © RTS

Mais déjà, leur présence posait des problèmes de pollution atmosphérique, de pollution des eaux et de pollution visuelle ( les ouvertures visuelles étant bloquées par des bateaux à hauteur de bâtiment).

Les ondes causées par leurs passages seraient à l’origine des détériorations des fondations des édifices mais aussi de la destruction de la faune et flore locale. L’impact environnemental du tourisme met en péril les patrimoines naturels et bâti.

Pino Musolino, président de l’Autorité portuaire du Nord de la mer Adriatique dit suite à cet évènement : « L’augmentation de la taille des bateaux, leur impact environnemental sur les zones portuaires et le fardeau provoqué par le nombre croissant de touristes créent une situation de conflit ».

Les politiques publiques à Barcelone comme à Venise visent désormais à réduire le nombre de touristes sur certains des sites pour protéger les patrimoines, qui sont porteurs d’identité, de culture, mais qui sont aussi l’essence même du choix touristique.



Le marketing touristique : quand le patrimoine devient commercial


« Paradoxe de l’authenticité dégradée : attirés par les lieux où ils espèrent trouver beauté, calme et authenticité, les touristes comme les voyageurs, par leur présence même, dégradent, perturbent, transforment l’espace qu’ils visitent puis délaissent après coup. Le touriste est par définition, un consommateur d’espace dont l’empreinte écologique n’est jamais nulle. »


par Eudes Girard, Thomas Daum dans : Du voyage rêvé au tourisme de masse.




Le touriste par définition est un consommateur d’espace. Il attend d’être accueilli, va jauger la qualité des services qu’on lui offre. Il en veut pour son argent, il veut tout voir et faire savoir qu’il est venu. Le visiteur est roi.

Cette perception du touriste est associée au tourisme de masse, au farniente, au tourisme balnéaire et même au tourisme culturel. Pour répondre à ces attentes touristiques, comme nous l’avons vu dans la première partie certaines villes ont décidé d’une urbanisation prévue pour les touristes, pour leurs consommations.

Cherchant à répondre aux besoins touristiques, à imiter d’autres centres ville, les centres urbains ont fini par tous se ressembler, empruntant les mêmes enseignes de souvenirs, des restaurants aux menus détaillés en chaque langue. La vie locale est biaisée par ce genre de pratique et le touriste se retrouve dans un espace superficiel, devenant immobile et finalement éloigné de ce qu’il recherchait.

Les pratiques culturelles au cœur de l’imaginaire, de l’authenticité recherchée sont marchandisées, à l’image du carnaval de Venise. Des boutiques émergent, des productions liées à cet évènement. A travers cette démarche, le touriste n’est pas acteur de son voyage, il reste un consommateur suivant les tendances, les visiteurs accumulent des souvenirs de ce qui doit être vu, en suivant les blogs ou Instagram.

Le visiteur veut aussi montrer qu’il a été là, montrant aux autres qu’il peut se le permettre financièrement. On revient ici à la notion de richesse culturelle et financière que le touriste cherche à montrer aux autres. Le selfie est symptomatique de cette pratique. Comme l’écrit encore Pierre Bourdieu, ce qui compte alors n'est pas la dimension esthétique des photos, mais « l’aventure singulière de celui qui les a prises. »


De cette façon, le tourisme devient flottant, plat, le touriste ne sachant plus vraiment pourquoi il est là, si ce n’est pour le montrer aux autres ou parce que la destination est tendance, parce qu’il est incontournable de visiter tel ou tel site. La dimension culturelle se perd quelque peu dans cette appréhension touristique.

Le marketing est donc indissociable du tourisme et le tourisme culturel n’échappe pas à ce constat.

Les limites du tourisme culturel


Le tourisme de masse pose depuis longtemps des questions éthiques et morales. Déjà l’Unesco dès le milieu des années 1970 souhaitait promouvoir un nouveau tourisme, qui ne serait plus lié au confort et l’inactivité, mais à la culture. La notion de tourisme culturel émerge devenant une modalité « d‘épanouissement des valeurs culturelles et l’un des moyens de lutter contre la commercialisation des relations touristiques, propre au tourisme de masse » comme nous le dit Saskia Cousin, dans son article « L’Unesco et la doctrine du tourisme culturel ».

L'Organisation Mondiale du Tourisme le définit en tant que « mouvements de personnes obéissant à des motivations essentiellement culturelles telles que les voyages d'études, les tournées artistiques et les voyages culturels, les déplacements effectués pour assister à des festivals ou autres manifestations culturelles, la visite de sites et de monuments, les voyages ayant pour objet la découverte de la nature, l'étude du folklore ou de l'art, et les pèlerinages »


En 1980, la conférence mondiale du tourisme à Manille prend comme exemple le tourisme culturel comme un facteur de développement durable pour le secteur touristique : « le tourisme a acquis outre ses dimensions quantitatives bien connues une dimension culturelle et morale qu’il importe de favoriser et de protéger contre les distorsions négatives dues à des facteurs économiques » (OMT 1980, article 14).


Il s’agit finalement de mettre en avant le patrimoine matériel, immatériel, la vie quotidienne pour attirer les visiteurs. Ce secteur représenterait entre 8 % et 20 % du tourisme mondial.

Le tourisme culturel est présenté comme une solution visant à atténuer les conséquences du tourisme de masse, en privilégiant l’échange avec la population et une forme authenticité. Mais le terme culturel perd de son sens tant tout devient culturel dans un lieu, sur un site ; le tourisme culturel se résumerait alors au tourisme au sens large.

Dans son article Saskia Cousin exprime un autre postulat : « l’Unesco ne serait plus une instance de légitimation du tourisme, mais le tourisme constituerait le cadre de pensée incontournable pour cette organisation internationale. »

Car la labellisation est désormais recherchée par les sites pour attirer des touristes dans une logique économique. Le but du tourisme culturel qui était de privilégier la culture à l’économie est aussi remise en doute, par le marketisation du patrimoine, car la labellisation devient aussi touristique.

La reconnaissance touristique devient finalement le seul vecteur de reconnaissance et d’affirmation culturel pour les collectivités. Pour Saskia Cousin : « ce n’est plus la culture ou l’art qui sont universels, c’est le tourisme ». La labellisation devient un levier économique dans des pays qui ont perdu « leurs bases économiques traditionnelles » comme nous l’explique Lionel Pirgent dans son article, « l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, les promesses d’un label ? ».

Il permet un développement local apporté par le passé, par le patrimoine. Finalement vecteur de valeur monétaire, il agit comme un certificat sur ce qu’il faut voir, ce qui vaut le détour.« Les statistiques publiées attribuent généralement au label « patrimoine mondial » un effet d’augmentation de fréquentation de l’ordre de 25 à 50 % selon les publics et les sites. Régulièrement, les villes inscrites annoncent des fréquentations en hausse. »

Il existe donc un lien de causalité entre la fréquentation d’un lieu et sa labellisation. Mais les effets sont à nuancer, en fonction des sites, des infrastructures mises en place, des politiques de communications autour de la labellisation et finalement de l’intérêt du touriste pour tel ou tel site.

Le tourisme cinématographie : inauthentique ?


Le cinéma est aussi vecteur de surfréquentation des sites. Attirant des millions de spectateurs, les films et séries révèlent un fort pouvoir d’attractivité. Par la consommation de produits dérivés mais aussi par sa capacité à promouvoir des environnements, le ciné-tourisme est devenu un aspect important du secteur touristique. Les responsables des villes incitent à filmer dans certains lieux en vu de cette retombée économique certaine. C’est le cas de la Nouvelle-Zélande qui a investit plus de deux millions de dollars en promotion touristique lors de la sortie de The Lord of the Ring en 2001.

Cette pratique pose problème, d’une part elle attire énormément de visiteurs, car la mise en écran et son imaginaire a de l’impact sur le téléspectateur.


Guide touristique pour la Nouvelle-Zélande sur les lieux de tournage de la trilogie du Seigneurs des anneaux,© Wonder Trip


Cela a des conséquences négatives sur le milieu, notamment naturel, qui se dégrade à la vue de l’arrivée massive des touristes. Les locaux sont oubliés de cette pratique touristique et l’authenticité aussi. Le visiteur cherche à retrouver les sensations filmiques, l’environnement de ses personnages et paysages fictifs. Il ne cherche pas à visiter un pays avec des pratiques culturelles, des patrimoines, des traditions et des paysages mais finalement à rentrer à l’intérieur de la fiction.


Les dérives du tourisme vert


D'autres initiatives touristiques ont émergé, dans une nouvelle quête de sens touristique, comme l’écotourisme/ le tourisme vert. Il s’agit d’un tourisme basé sur la découverte de la nature. La société internationale de l’Écotourisme en donne cette définition en 1991 : « L’écotourisme est un voyage responsable dans des environnements naturels où les ressources et le bien-être des populations sont préservés ».

L’idée est de découvrir la nature, d’observer les paysages mais aussi d’être acteur dans cet environnement découvert. L’écotourisme est souvent associé à l’écovolontariat qui mobilise des volontaires pour agir en faveur de la protection de l’environnement et de la biodiversité. Le visiteur ne veut plus être un consommateur d’espace, il veut contribuer à payer sa dette écologique crée par son déplacement et finalement se rendre utile.

Malgré cet objectif noble, des dérives existent autour de l’écotourisme, au vu d’une définition peu claire et complète du label écotourisme.

Un exemple notable, dans le nord du Guatemala, la réserve biosphère maya était un site protégée, connu des chercheurs et des communautés locales. Un archéologue américain, Richard Hansen, a proposé la construction d’un site touristique, pour assurer des revenus pour les locaux et de conserver les ressources naturelles des pillages. Ce projet obtient le label écotourisme et est appuyé par le président du Guatemala.

Pourtant ce projet pose question du fait des aménagements prévus pour l’accueil des touristes, de la patrimonialisation sous couvert de recherche scientifique, écologique. Plus de cent milles touristes sont attendus dans un milieu jusqu’alors préservé, impliquant des travaux routiers, hôteliers.

Le manque d’une définition claire du label ‘écotourisme’ pourtant promu par l’OMT questionne la finalité de ce projet et l’adéquation avec l’idée de sauvegarder écologiquement le site au vue de la venue de milliers de touristes ( consommation d’eau, travaux, déchets). Il s’agit d’une opération paradoxale, entre protection et valorisation d’une part et de l’autre destruction et pollution. Ce label peut agir comme un outil marketing voir du green washing.

Le tourisme local : une solution d’avenir ?


Durant la période de pandémie mondiale, le tourisme local a été largement mis en avant.

Des spots publicitaires promouvant le tourisme local se sont multipliés lors du premier déconfinement.




Campagne publicitaire promouvant le tourisme local, © Région Hauts-de-France

A travers ce mouvement touristique, les individus sont à la recherche d'une diversité locale et non plus du dépaysement lointain, appréhendant ainsi leurs propres racines et cultures. Ces touristes sont motivés par la recherche d’étonnement et d’émotion, en découvrant la richesse de leur territoire.

Le Nord-Pas-de-Calais nous montre des potentialités dans ce développement local du fait de la richesse et diversité de ces patrimoines (naturel, industriel, immatériel, gastronomique). Ce territoire devenu moins attractif du fait de la désindustrialisation présente de forts potentiels d’activités et d’attractivités.

L’intérêt grandissant des individus pour le patrimoine industriel donne de grandes potentialités de valorisation pour la région Nord-Pas-de-Calais. Au niveau national, 67% des français auraient visité un site industriel contre 57% un musée national. La centrale nucléaire de Gravelines est devenue le lieu de très nombreuses visites.

Au-delà des évènement connus comme le carnaval de Dunkerque, de la braderie de Lille, des sites sont méconnus des nordistes eux même du fait du manque d’informations autour de ces sites. Les collectivités territoriales sont des acteurs importants dans la promotion du territoire et pour tendre à cette attractivité possible.

Ce type de tourisme semble compose une alternative souhaitable pour le tourisme mondiale mais il pose la question d’un potentiel enfermement. Partir loin, c’est aussi s’ouvrir aux autres cultures.

Il faut noter que le tourisme compose une part importante du marché économique mondial. Il est un modèle de développement pour de nombreux pays. De ce fait, le marketing touristique définit des modes et des concepts. Le patrimoine se trouve au cœur de ce marketing, car comme le tourisme, le patrimoine a une définition large. L’élargissement de la notion tient compte aussi des évolutions et des intérêts du publics pour différents aspects culturels, pour le naturel, le bâti, pour le matériel et l’immatériel.

La part importante du tourisme dans l’économie mondiale n’est pas sans conséquences sur le patrimoine. D’une part elle permet la sauvegarde et la valorisation de ces biens par les revenus engendrés et une source de revenus pour les locaux. Pour autant, le tourisme n’est pas sans danger pour le patrimoine notamment par les pollutions engendrées (déchets, bruits, surfréquentation, transport, eau…) mais aussi par une appropriation des lieux qui nie une culture et un patrimoine immatériel local.

Pourtant de nouvelles voies émergent comme le tourisme vert et local cherchant à limiter l’impact négatif du tourisme. Le mouvement écologique en marche va sans doute encore modifier les modalités touristiques et offrir de nouvelles possibilités.




 


Sources

Bibliographie

Daum Thomas, Eudes Girard, Du voyage rêvé au tourisme de masse, Broché, Paris, 2018

Webographie

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