• Roxane Ruvel

CARNET DE VOYAGE VS PAYSAGE

Zoom sur Charlotte / Capturer le moment présent par le dessin

 

Charlotte a eu la chance de profiter d’une année de césure pour se consacrer à plusieurs de ces (très) nombreux passe-temps. Passant quelques mois à la Réunion, mais aussi en vagabondant en France, elle mêle son affection pour la randonnée, l’immersion physique dans le paysage, ses diverses rencontres et le dessin dans son carnet de voyage pour s’ancrer. Elle mixe différentes techniques (stylo, crayon, aquarelle…) afin de représenter ce qu’elle voit, ressent et endiguer les expériences de ses voyages. En parallèle, elle teste aussi l’illustration, qu'elle voit comme un support de l’imaginaire.


FICHE D'IDENTITÉ 
Charlotte Donnenwirth

Prénom : Charlotte
Nom : Donnenwirth
Age : 24 
Étude : Paysagiste conceptrice/ M2
École : ENSAPbx

Centres d’intérêts : 
Randonnée en montagne |cueillette sauvage et transformation |exploration paysagère et culturelle à l’internationale |woofing |pluie sous la tente |broderie 


 

APERÇU DE SON TRAVAIL

 


 

SOMMAIRE DE L'ARTICLE

 
  1. Aperçu de son travail

  2. Glossaire de l'article

  3. Questions/Réponses

  4. Aperçu de son travail : la suite

 

GLOSSAIRE


  • Herboristerie : consiste à la préparation, mais aussi à la commercialisation de plantes médicinales ou d’autres préparations dérivées.


  • Ethnobotanique : étude de la relation entre les plantes et les hommes.


 

QUESTIONS / RÉPONSES

 

Quelles sont tes inspirations pour le carnet de voyage et le dessin ? 

L’illustration pour enfant : m’inspire énormément. Je vais souvent à la bibliothèque Mollat sur Bordeaux, au rayon illustration pour enfant, car c’est assez diversifié en technique. Je m’inspire des BD comme « l’amoureux » de Rebecca Dautremere dont le style est très doux.


Quand j’étais en Erasmus à Montréal, j’allais à la bibliothèque tous les soirs et je cherchais des références pour traiter le végétal en dessin comme dans les romans graphiques par exemple. Parmi mes préférés, il y a Craig Thompson qui travaille à la plume ou encore Manu Larcenet avec ses romans graphiques naïfs au trait simple. D’autre sont plus sombre, comme Blast, où le style représenté est plutôt celui de la gravure.


"L'amoureux", R.Dautremer "Habibi", C.Thompson "Blast", M.Larcenet



Pour le carnet de voyage : j’aime beaucoup le travail de Victor Hugo et ses esquisses au brou de noix. J’adore ses croquis ! Le chat du rabbin de Joann Sfar aussi. Il a un coup de crayon incroyable, rugueux, un style gribouillons avec beaucoup d’expressivité.


"Croquis broux de noix", V.Hugo "Le chat du rabbin", J.Sfar



D’où est né ton intérêt pour le dessin ? 

J’ai toujours été attirée par l’illustration et le dessin. Au collège, j’avais des pulsions où je faisais de la peinture tous les soirs et ça m’a suivi pendant longtemps. Pareil pour les carnets de voyage. J’aime avoir cet objet que tu peux feuilleter. Quand j’étais en école d’archi pour ma 1re année d’étude supérieure, c’était en permanence. J’avais toujours un carnet sur moi, pour croquer des détails d’architecture, d’expo, de scène de vie. Pour l’illustration, c’est beaucoup plus récent.



  C’est quoi tes projets du moment ? Ton projet préféré ?               Celui qui t’a lancé ?


Je fonctionne beaucoup par pulsion. De la formation en plante médicinale, la maçonnerie en pierre sèche jusqu'à la lactofermentation, je change souvent d’envie.

Carnet de voyage : à la réunion, j’ai réalisé 3 mois et demi de carnet de voyage. J’avais pour objectif d’avoir un objet achevé à la fin de l'expérience. Il fait le lien entre l’illustration, les plantes et les gens (rencontre d’ethnobotaniste, de personnes qui connaissent les plantes et savent les utiliser) mais c’est aussi le fil conducteur de mon voyage pour en apprendre plus sur la flore et le paysage réunionnais. J’aime rencontrer des gens, écouter des histoires et le retranscrire par le dessin c’est génial.

Illustration : il y a un petit projet qu’on a mis en place pendant le 2e confinement avec une amie. C’était un moyen de créer un support pour conserver notre connexion. On faisait un jeu de ping-pong : une illustration + une phrase par soir et le lendemain l’autre devait répondre en continuant avec ce qu’il lui avait été envoyé la veille. Ça nous donnait un rythme qui était chouette. C’est une histoire à quatre mains, comme une improvisation qui se tisse au fur et à mesure et qui m’a permis de tester des techniques. Après l’avoir publié sur Facebook, un professeur de maternelle nous a même demandé s'il pouvait le projeter en classe, et personnellement, on aimerait en faire une micro-publication pour en offrir.


"Conte commun" de l'aventure de Zébulon, Co-écrit et dessiné avec Noée Dussol Brindel :




Comment le dessin a influencé ta manière de voir le métier de paysagiste ?


Cette année, je n'ai dessiné que pour moi et j’ai réalisé des projets personnels contrairement à ce qu’on a l’habitude de faire en école. J’ai ainsi pris beaucoup de plaisir, car l’objectif principal n’était pas à tout prix de satisfaire une demande paysagère. Et pourtant, à la Réunion, même si je voulais dessiner des plantes médicinales, j’ai repris le goût du paysage. Au final, j’y reviens toujours. Me réapproprier le dessin m’a fait me questionner : comment je veux représenter mes projets l’année pro ? Cette année je n’ai pas touché à mon ordinateur. Même pas ouvert ma boite mail ! Dans un an, je serais une professionnelle et j’ai besoin de creuser ce questionnement.


Charlotte Donnenwirth

Lors de ma césure, j’ai réalisé un stage-chantier de fabrication de murs en pierre-sèche chez Alain Freytet. 
C’est un stage qu’il organise tous les ans chez lui et où il invite aussi des anciens étudiants de Versailles à participer. 


Lui, il fait tout à la main. J’ai eu accès à tous ces carnets, c’était incroyable. Maintenant je sais qu’il est possible d’être pro sans utiliser l’ordi !



Alain Freytet dessin illustration illustrateur

Alain Freytet illustration illustrateur paysagiste

Blot, B., & Freytet, A. (2015). Chroniques de Creuse. France : Les Ardents éditeurs.



Quelles perspectives as-tu de ta vie professionnelle, illustratrice, paysagiste, les deux, ou tout à fait autre chose ? 


Ahaha et bah j’espérais avoir la réponse pendant cette année de césure, mais j’ai eu d’autres réponses : comme le type de cadre de vie dans lequel j’aimerais vivre, etc... Pour le reste, c’est assez flou. L’illustration m’est chère donc je veux que ça fasse partie de ma vie pro. Je sais juste que les grosses agences, ce n’est pas ce à quoi j’aspire.


J’ai rencontré une paysagiste-herboriste cette année : j’ai découvert qu’il y a tellement de manières d’être paysagiste. Elle a un lien avec les plantes médicinales et en plus, elle fait de l’illustration pour les plantes du potager du roi à Versailles. J’aime bien le fait de faire plusieurs missions. J’aimerais aussi effectuer une formation en ethno-botanique pour faire le lien, mais en tant que paysagiste.


Qu’est-ce que tu conseillerais à ceux qui aimeraient se lancer dans le carnet de voyage ?

  • Être attentif sur le choix des gens avec qui on part ! Toute seule, je peux prendre mon temps alors qu’avec mon meilleur pote par exemple ça risque de le saouler si je reste plus de 15 minutes sur un dessin.

  • Prendre des notes, faire des dessins rapides. Ne pas se mettre la pression. Juste des fois des gribouillis c’est cool. Tester de mettre du texte aussi.

  • Ne pas trop être obsédé par l’esthétique. Même les plus forts en dessin ont bien commencé en faisant des gribouillis, et certains en font encore parce que ce qui compte, c’est l’action de dessiner ! L’important, c’est de se détendre, de prendre du plaisir.


Le mot de la fin ?

Éclatez-vous, continuons de créer et d’illustrer la beauté de ce monde ;)



 

APERCU DU TRAVAIL : LA SUITE

 

Illustration



Carnet de voyage



Merci pour ton temps Charlotte :)